Chaque année, au moment des fêtes de Roch Hachana, Actualité Juive réalise avec le grand rabbin de France un grand entretien qui permet de revenir sur les moments importants de l’année écoulée et d’analyser les sujets de l’année à venir. Pour Haïm Korsia, l’actualité prochaine sera dominée par des enjeux de solidarité, d’économie et de protection de l’environnement qui convergent totalement avec les valeurs de la Torah. Monsieur le grand rabbin de France, faisons, si vous le voulez bien, un bilan de l’année écoulée. Les élections présidentielles et législatives ont confirmé une bipolarisation de la vie politique autour des extrêmes. Comment avez-vous, vous-même, vécu cette période? Haïm Korsia : C’était une période de grande souffrance. Une campagne présidentielle doit être une période d’échange de projets. Or, à l’extrême droite comme à l’extrême gauche, il n’y avait que violence. Les uns et les autres ont essayé de passer soit pour des diabolisés, soit pour des socialisés mais le seul principe qui les animait était la haine et, d’une certaine manière, le rejet de la République. Prenons un seul exemple qui nous concerne, même s’il y en aurait bien d’autres. Le président du Rassemblement national a déclaré qu’il souhaitait interdire l’abattage rituel et l’importation de viande abattue rituellement. Peut-être sommes-nous un dégât collatéral de cette haine tournée vers les musulmans, mais cela n’en est pas moins inacceptable. De l’autre côté de l’échiquier politique, Yannick Jadot, vainqueur de la primaire des écologistes a annoncé, dans sa première déclaration, vouloir interdire l’abattage rituel. Dans un contexte où l’on devrait parler d’idées, de construction de société et de sécurité des Français, on a essayé de faire de l’abattage rituel l’absolu de la campagne électorale. On ne peut donc pas être serein dans ce paysage. Que signifie concrètement cette perte de sérénité ? H.K. : Le pire serait de croire que l’on puisse être tranquille. En ce qui concerne l’abattage rituel, il peut tout à fait y avoir une pulsion végan qui émergerait d’un des pays d’Europe et arriverait jusqu’à nous. Le Talmud évoque ce sujet dans le traité Pessahim, page 49b : « Un homme du peuple ne peut pas manger de viande », peut-on lire. J’interprète cela ainsi : quelqu’un qui n’apporte rien au monde ne peut pas prendre la vie des animaux pour grandir sa vie. Or, je constate aujourd’hui que dans la pulsion d’individualisme où chacun se recroqueville sur lui et se désintéresse radicalement du bien commun, il y a parallèlement, et je dirais même concomitamment, une pulsion à ne plus vouloir manger de viande, comme une façon de démontrer que le Talmud avait anticipé notre temps d’égoïsme.Il existe tout autant de tensions sur le sujet de la circoncision et sur celui des examens universitaires qui tombent le chabbat, pour lequel je me bats corps et âme. Et je dois vous dire que c’est une blessure personnelle lorsque j’échoue. On arrive toutefois à faire des miracles. Mais de ceux-ci, on ne peut pas parler. Si l’on ajoute à ces sujets celui de la sécurité, on comprend qu’il y a une forme d’angoisse. Pourtant, en tant que juifs dans la société française, notre seule possibilité est une République forte, capable de respecter ses valeurs et d’imposer ses règles. Faire, en somme, ce que dit la Torah de manière magnifique dans la Paracha Choftim : « Choftim Ve Chotrim » Tu mettras des juges et des policiers. Ainsi faut-il aussi que les juges et les policiers se parlent. On a souvent le sentiment que les juges ne vivent pas dans la même société que nous, comme nous l’avions vu lors du non-jugement dans l’affaire Sarah Halimi, même si nous avons pu faire évoluer la loi. Il faut aussi être capable de faire appliquer les décisions prises. Une sévérité de l’État pour que l’impunité cesse et qu’aucune personne juive ne soit obligée de baisser la tête et de passer discrètement quelque part comme si elle devait avoir honte de son judaïsme. En France, jamais personne ne doit avoir honte d’être ce qu’il ou elle est. La campagne électorale a été marquée par la percée d'Éric Zemmour qui a bénéficié d’une grande popularité, notamment dans la communauté juive. Vous vous êtes clairement opposé à lui, quitte à susciter des réactions hostiles à votre égard. Regrettez-vous d'avoir ainsi pris position? H.K. : Absolument pas ! Je ne dois pas défendre tel ou tel candidat en fonction de son origine. Il a tout osé ou presque. S’attaquer à Dreyfus en disant que ce n’était pas de l’antisémitisme mais de l’anti-germanisme et - en plus ! qu’il était probablement coupable. Rajoutons l’ignominie de l’insulte faite à la mémoire du fils et des petits-enfants de mon ami Samuel Sandler et à la mémoire de la petite Myriam Monsonego, vous avez là tout ce qui peut être pour le moins terrifiant. Ajoutons encore ses propos sur Pétain qui instillent l’idée qu’il aurait sauvé des juifs français. Mis bout à bout, tout cela constitue des marqueurs d’antisémitisme. Il me peine de dire d’un candidat que ses idées sont polluées par de telles prises de position, mais je ne pouvais pas prendre une autre posture. Posture d’ailleurs aussi prise par l’ensemble des institutions juives. Comment expliquez-vous la popularité dont il a bénéficié dans la communauté juive ? H.K. : Je ne dis pas qu’il ne faut pas entendre le cri de souffrance de ceux qui l’ont soutenu et, d’ailleurs, je ne me mêle absolument pas de politique. Je rappelle seulement qu’il y a des valeurs essentielles et convergentes entre la République et le judaïsme. On a toujours rappelé ces valeurs. Je veux bien et je vois bien que les uns et les autres tentent une dédiabolisation. Mais, dans une sorte de convergence des génies, les valeurs que prône la Torah sont exactement celles que porte la République. Peut-on continuer aujourd’hui à renvoyer dos-à-dos l’extrême droite et l’extrême gauche ? H.K. : Non seulement on le peut, mais on le doit. J’ai remercié le ministre de la Justice d’avoir littéralement mouché les élus de la Nupes qui avaient porté le projet de résolution voulant assimiler Israël à un État pratiquant l’apartheid. À voir la composition de l’Assemblée nationale, on pressent qu’il va être de plus en plus difficile d’assurer la défense des valeurs qui nous sont essentielles. Comment agir et réagir pendant les cinq années à venir? H.K : Les Maximes des Pères disent « Quel est le sage ? Celui qui voit ce qui va advenir ». Avec le président du Consistoire central, Élie Korchia, nous avons pris l’initiative d’envoyer à tous les parlementaires l’excellent livre du grand rabbin Bruno Fiszon consacré à l’animal dans le judaïsme avec une lettre d’accompagnement. L’idée étant de les préparer à cette réflexion sur la place de l’animal dans la société. L’intérêt environnemental est un intérêt ancien, prévu par nos Textes. On ne le découvre pas aujourd’hui. Toutes nos questions d’abattage rituel sont les déclinaisons d’un seul principe : celui de minimiser la souffrance animale. Nous sommes donc dans une logique de défense et nous défendrons dans cette Assemblée, c’est notre vocation, le principe de la République laïque, c’est-à-dire la liberté de pratique religieuse. Je rappellerais aussi le travail d’explication extraordinaire qu’effectuent, partout en France, les responsables de communautés auprès des élus locaux. Nous ne cessons de le répéter : la force du Consistoire, c’est la démultiplication au niveau local de son message. Où en est le travail pour défendre l’abattage rituel ? H.K : Ce travail a commencé depuis longtemps et il est permanent. Nous avons des alliés pour défendre ce principe de laïcité. J’ai rencontré, il y a peu, le nouveau ministre de l’Agriculture. Le gouvernement est en lien avec nous pour défendre ces grands dossiers qui sont les nôtres. Mais la bataille se joue aussi au niveau européen et nous sommes aussi sur ce front. Face aux menaces qui pèsent sur l’abattage rituel, le plan B ne serait-il pas de se tourner vers la viande de synthèse ? H.K. : Au dernier congrès rabbinique, nous avons abordé cette question avec les exposés de deux dayanim pour pouvoir avoir une vision sur cette nouvelle production de viande. On ne se ferme à rien. Mais avant cela, d’une région à une autre, de préfet en préfet, on explique et on défend la possibilité des communautés juives de manger cacher. Je ne veux pas en faire un sujet absolu, mais il s’agit là d’un marqueur du respect de la liberté de pratique religieuse. Le gouvernement nous prépare à faire des restrictions en matière de consommation d’énergie, de gaz et d’électricité notamment. Quelles réponses juives apporter à ce besoin d’économie ? H.K. : Je parlerais plus d’un besoin de modestie. Dans nos vies, il est toujours difficile de revenir en arrière dès qu’on monte d’un niveau. C’est là toute l’erreur de certains écologistes qui confondent précaution par rapport à la nature et la décroissance. La décroissance ne marchera jamais parce qu’il n’y a pas de limite. « Ein la davar sof », dit le Talmud (une chose n’a pas de fin). La vérité est de trouver, en protégeant notre façon de vivre et le confort de nos sociétés, comment être capable de modérer certains de nos gestes et de nos habitudes. Arrêter de faire des choses contradictoires comme, par exemple, mettre la climatisation dans un magasin et laisser la porte grande ouverte. Il faut adopter un principe de cohérence, comme l’a toujours défendu le judaïsme. C’est un princip ...

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