Reportage sur les traces de la présence juive au Maroc dans les villes d’Essaouira, de Fès, de Marrakech et de Meknès.Par notre envoyé spécial Salomon Malka Essaouira Une petite ville pleine de charme au bord de l’Atlantique. Elle fut et reste encore une cité portuaire aux couleurs bleutées que les rayons de soleil viennent caresser à toute heure et en toutes saisons. Tout le monde a oublié aujourd’hui qu’elle donna naguère une large place à sa composante juive, qu’elle fut même longtemps une cité à majorité juive, et qu’elle ouvrit largement les bras, sous l’impulsion du roi Mohammed III, à des vagues d’entrepreneurs qui ont donné à la ville son cachet singulier. Tout le monde, sauf un homme, qui est né ici, connaît cha-cune des rues, reconnaît chacune des pierres. On l’appelle « l’homme qui fait parler les pierres ». Depuis longtemps, André Azoulay a rêvé de lui rendre l’hommage qu’elle mérite, en érigeant une maison où il a entrepris de rassembler tous les souvenirs d’une cité-témoin. Alors, évidemment, en faisant visiter cette demeure où il a apposé sa marque à un groupe de journalistes français, il n’est pas peu fier de se faire lui-même le récitant de ces lieux. Ici, une synagogue dans le plus pur style des édifices séfarades, qui raconte l’histoire immuable d’une tradition dont les « fondamentaux » n’ont pas bougé, ou si peu. On pourrait presque y improviser un office et faire participer les nombreux touristes qui affluent de partout. Un groupe de visiteurs d’Israël est tout ému de trouver là le mythique conseiller du roi en train de feuilleter comme leur propre album de famille pour y retrouver les parfums d’enfance. Une délégation américaine est aussi présente, avec le vice-consul qui est venu en voisin serrer des mains. Là, une médiathèque où on voit défiler le film de l’inauguration du lieu, en présence du roi Mohammed VI et des notabilités de la ville et de la communauté juive. Là, quelques photographies où on perçoit la maman d’André Azoulay, belle dame qui a fait partie des Sages-femmes de la ville, juives pour une grande partie d’entre elles, et qui ont aidé à mettre au monde quantité de petits enfants « souiris ». Car Essaouira porte dans son nom l’idée d’une photographie, comme si la ville renfermait en son sein l’image nostalgique de ce qu’elle a été, de sa grandeur et de ses rêves. Azoulay aimerait bien qu’on accole le nom de Mogador à celui d’Essaouira pour réconcilier les deux provenances et les deux origines, la « bien gardée » d’un côté et la « bien dessinée » de l’autre. Pourquoi le choix de Mogador/Essaouira pour accueillir cette maison dite « Bayt Dakira » (maison du souvenir) déclinée en écriture latine, arabe, hébraïque ? Pour notre hôte, le constat est simple : le judaïsme marocain appartient à l’histoire, mais cette histoire est enracinée dans un passé millénaire (dans une des salles-bibliothèque, trône en majesté l’ouvrage majeur du professeur Haïm Zafrani, 1000 ans de vie juive au Maroc). « Nous avons voulu nous engager dans la construction de ce lieu, ici, à Essaouira, et il est important que l’État, le peuple, la population marocaine s’approprient ce lieu ».Il confesse, aujourd’hui, que dans ses illusions les plus folles, il n’aurait jamais espéré que cette idée qu’il avait dans la tête, celle d’un lieu qui témoignerait de la coexistence et de l’œuvre commune des juifs et des musulmans dans cette ville même dont il voudrait faire un symbole, prenne corps et s’incarne. Féru de grande musique andalouse, il a déjà mis en place onze festivals de musique qui enregistrent, tous les ans, de grosses affluences. « On en est à réfléchir comment faire pour qu’il y ait moins de monde ». Et puis, aujourd’hui, cette maison qui voudrait témoigner pour l’avenir et attirer des visiteurs des quatre coins du monde, à commencer par tous ces juifs originaires du Maroc qui n’ont jamais tout à fait coupé le cordon. Au moment où nous y étions, au sein du groupe israélien de passage, une jeune femme dont le mari est originaire de Fès était tout émoustillée de faire un selfie avec le conseiller du roi et architecte du projet. Devant un grand écran reproduisant les images de l’installation de la maison commune d’Essaouira, André Azoulay souligne que c’était la décision du souverain marocain que d’assister à l’inauguration et de la placer sous son égide.À l’entrée de « Bayt Dakira », vous êtes accueillis par la Bible et le Coran ouverts et croisés. A l’intérieur, un rouleau de la Torah ensablé et qui remonte au XVIIème siècle, trouvé dans le sud du pays. Deux portraits ornent l’un des murs, celui du très honorable Leslie Belicha, petit-fils d’un marchand juif de Mogador qui fut ministre des Transports dans le gouvernement de Sa très gracieuse majesté. On lui doit l’introduction des passages cloutés à Londres immortalisés sous le nom de « balises Belicha ». Second portrait, en pied, celui de David Levy Yulee, homme politique américain, démocrate et premier juif élu au Sénat et représentant au Congrès du territoire de Floride où son père, natif de Mogador, s’était établi à Jacksonville, en Floride. Tant il est vrai qu’Essaouira mène apparemment à tout, à condition d’en sortir. Marrakech On passe des couleurs bleu-azur d’Essaouira aux reflets pastel de la cité du Sud, vivante, vibrante, chatoyante. Notre guide a l’accent de Gad Elmaleh et la silhouette de Fernandel. Il sourit de toutes ses dents et lance ses bras en l’air comme s’il voulait apostropher un Don Camillo fourvoyé dans notre groupe. Il fait de grandes enjambées sur le bitume, bombant le torse auréolé du macaron de l’Office du tourisme. Il vous désigne la boucherie cacher du coin, l’adresse d’une dame qui se fera un plaisir de vous confectionner une « ...

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